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PAROLES D'EXPERT.E.S #1

Maria Hrimech

Chaque mois, un expert vient répondre à nos questions sur l'entrepreneuriat social. Ce mois-ci, rencontre avec Maria Hrimech du British Council.

Bonjour Maria !

Quel est votre parcours ? Pourquoi avoir choisi l'entrepreneuriat social ?

J’ai un master en commerce international. J’ai commencé à m’intéresser à l’entrepreneuriat social lors de mes années d’études, et j'ai travaillé sur des projets en relation avec cette thématique. Puis, après l’obtention de mon diplôme, j’ai fait du bénévolat avec une organisation qui fait la promotion de l’entrepreneuriat social au Maroc, puis je me suis engagée dans des réseaux internationaux qui travaillent avec les jeunes entrepreneurs, comme par exemple Ashoka, association visant à soutenir les entrepreneurs sociaux.

Le British Council et le MCise ont publié en 2013 une étude sur l'entrepreneuriat social au Maroc. Dans quel cadre cette étude a-t-elle été menée ? Quelles sont les principales conclusions de ce rapport ?

Les principales recommandations de cette recherche indiquent que :

• Le concept de l’entreprise sociale est nouveau au Maroc. Il est fort probable que ceux qui ont entendu le terme “entreprise sociale” l’ont entendu pour la première fois au cours des quatre dernières années.

• L’impulsion autour de l’entreprise sociale est menée par un cercle de personnes relativement restreint de jeunes entrepreneurs. Ces jeunes partagent des traits communs – diplômés de l’enseignement supérieur notamment avec une exposition aux concepts internationaux et à l’expérience en matière d’entreprise sociale - qui ont nettement influé sur leur vision du développement de l’entreprise sociale au Maroc.

• Les entreprises sociales couvrent diverses causes sociales, les plus courantes étant le support apporté à une communauté, le soutien aux femmes, l’éducation et la formation. Le secteur de l’artisanat est aussi un marché sur lequel les organisations se positionnent; il est en grande partie dominé par le secteur des coopératives.

• Finances propres, frais d’adhésion et financement du gouvernement sont les trois sources les plus populaires de financement des organisations interrogées dans le cadre d’une enquête. Le financement externe est une forme de soutien autant convoitée qu’obtenue.

Aussi, cette recherche a montré quelques obstacles au développement du secteur au Maroc, à savoir, le manque d’un support technique adéquat, le manque de financement et d’encadrement juridique, l’absence de culture et d’esprit d’entreprise ainsi que les problèmes de langue, ce qui limite l’accès à l’information.

Il faut que ce mouvement de l'entrepreneuriat social devienne inclusif avec plus d’intervenants et de collaboration avec d’autres secteurs, il faut développer des plateformes et centres de partage d’idées et expériences regroupant entreprises sociales, praticiens et sympathisants. Ces centres peuvent aussi servir de forums ouverts rassemblant des participants pour débattre et former un consensus autour de questions clés qui façonneront l’avenir de l’entreprise sociale au Maroc.

A combien peut-on estimer le nombre d'entrepreneurs sociaux au Maroc?

Je n'ai pas d'idée sur le nombre exact d'entrepreneurs sociaux au Maroc, mais je peux confirmer que le concept est aujourd'hui de plus en plus connu et attire plus d’attention, surtout de la part de jeunes qui souhaitent développer leur social business. Les différents programmes qui visent la promotion de l’entrepreneuriat social lancés par quelques organisations au cours des dernières années a beaucoup contribué au développement et à la création d’entreprises sociales, malgré tous les challenges auxquels ils font face. Ces initiatives restent cependant limitées.

D'après vous, à quels challenges font face les entrepreneurs sociaux aujourd’hui au Maroc ? Quelles opportunités peuvent-ils saisir ?

Comme je l’ai mentionné précédemment, il y a toujours un manque de prise de conscience, de connaissance et de compréhension du concept de l’entrepreneuriat social. De ce fait, les entrepreneurs sociaux doivent faire un double effort pour expliquer la nature de leur activité et leur mission sociale, surtout face aux investisseurs et clients.

En termes de législation, une forme juridique légale de l’entreprise sociale au Maroc représente un challenge énorme pour le développement du secteur et des entreprises sociales qui se trouvent toujours face à une compétitivité acharnée avec des entreprises classiques. Ainsi, l’accès au marché leur est bien souvent difficile.

De plus, les entreprises sociales ont du mal à trouver des investisseurs pour les aider à lancer leur business et accompagner leur développement. Le développement de programmes et d’incubateurs pour soutenir les entrepreneurs sociaux pour les aider à être compétitives est également un challenge important.

Selon vous, quelles sont les évolutions possibles du paysage entrepreneurial marocain ?

Globalement, l’entrepreneuriat social s’affirme de plus en plus comme une réponse innovante aux défis environnementaux et sociaux en réinventant le modèle de croissance pour maximiser l’impact social. Aujourd’hui les décideurs doivent placer l’entrepreneuriat social au cœur de leurs agendas stratégiques, avec une vraie volonté de bâtir des sociétés plus inclusives et prospères. A tous les niveaux, les initiatives politiques doivent se multiplier afin de favoriser un climat favorable pour le développement de l’écosystème et favoriser les investissements sociaux pour encourager l’innovation sociale. Et ainsi inciter l’ensemble des acteurs de l’entrepreneuriat social, en l’occurrence les organisations internationales, à se rencontrer, échanger et co-construire le système.

Merci Maria !

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