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PAROLES D'EXPERT.E.S #10

Zineb Bennis

Chargée de communication

de l'association BAHRI

Zineb Bennis est engagée au sein de l’association BAHRI. Dans ce cadre, elle mène un projet d'insertion professionnelle des chiffonniers et de sensibilisation des marocains au tri sélectif. Son engagement écologique et son expérience dans l'écosystème associatif l'amènent à être une experte des actions à impact environnemental.

Zineb, vous êtes une fervente militante pour la protection du littoral marocain, le recyclage des déchets et la professionnalisation du métier de chiffonnier. Vous mettez en oeuvre ce combat au sein de l'association Bahri. Pouvez-vous nous en dire plus sur le parcours qui vous a mené jusqu'ici ?

Je suis rentrée au Maroc en 2011 après avoir effectué des études en France et en Australie où les questions liées à l’environnement sont davantage prises en considération. J’ai donc été sensibilisée à cette cause dans ces pays. De retour au Maroc, j’ai été frappée par la situation environnementale catastrophique et le peu de personnes actives dans ce domaine.

J’ai connu l’association BAHRI et j’ai décidé de les rejoindre en tant que bénévole. Au début, je les aidais sur les ateliers de recyclage et l’organisation des opérations de nettoyage des plages. Petit à petit mon rôle a pris de la valeur et maintenant je suis en charge de la communication de l'association.

Sur la base de votre expérience comme acteur associatif majeur oeuvrant pour l’environnement au Maroc, quel est le niveau de conscience et d’engagement du public marocain face à cette problématique ?

Le niveau de conscience du public marocain n’est pas encore suffisant. Dans notre quotidien, la problématique environnementale n’est pas assez présente. Il n’y a pas d’affiches, pas assez de poubelles, aucun message éducatif que cela soit à la télévision ou dans tout autre média.

Néanmoins, les gens s'impliquent de plus en plus. On a constaté qu’entre le premier rassemblement de nettoyage des plages et le dernier en date, il y a vraiment beaucoup plus de personnes engagées. Nous essayons de fédérer au quotidien un maximum de monde autour de cette cause.

Vous avez dit dans une interview que "chaque citoyen doit mettre la main à la pâte et qu’il doit prendre conscience que chaque geste est vital pour la préservation de notre planète”. Quelles sont selon vous les actions à mettre en oeuvre pour sensibiliser le public marocain et l’inciter à agir ?

Les actions à mettre en œuvre pour sensibiliser le public marocain doivent être pérennes et structurées. Il doit y avoir du travail et du sérieux derrière ces opérations. Il faut des actions tout au long de l’année et sur le long terme. C’est pourquoi nous avons pensé à mettre en place un pavillon écologique permanent sur la plage, qui pourrait sensibiliser le public marocain. Ce projet n’est pas encore réalisé mais nous travaillons dessus. Il ne ciblerait dans un premier temps qu’une seule ville et notre souhait est de voir ce projet se dupliquer dans toutes les grandes villes du Maroc. Tout le Royaume devrait bénéficier d’actions de sensibilisation.

Il existe d’autres associations qui œuvrent sur le territoire, comme Surfrider Fondation à Agadir qui fait un travail exceptionnel. Nous souhaitons allier la société civile pour des actions importantes toute l’année et sur l'ensemble du Maroc. De plus, nous avons pensé à installer des kiosques écologiques dans tous les quartiers dans lesquels des poubelles de recyclage seront installées. Les habitants et les commerçants pourront y déposer leurs déchets recyclables. Nous pensons également qu'il faut mettre en place des cours d’éducation civique dans les écoles privées et publiques pour sensibiliser la jeune génération aux problèmes environnementaux.

L'association Bahri est reconnue pour ses opérations de nettoyage des plages « Bahri Dima Clean ». Dix opérations ont déjà été menées dans plus de 9 villes et réunissant plus de 24 000 personnes en 6 ans. Quelles sont les autres actions que l'association met en place ?

En plus des opérations de nettoyage des plages, nous œuvrons pour la professionnalisation des chiffonniers marocains. Au Maroc, l’activité de chiffonnier consiste à fouiller dans les poubelles et revendre les déchets trouvés. C’est un secteur informel. Ils sont des milliers à travailler dans des conditions effroyables et à agir pour la protection de l’environnement, sans nécessairement en avoir conscience.

Nous avons voulu valoriser leur travail, l’organiser et faire de chiffonniers des acteurs de la protection de l’environnement. Pour ce faire, nous mettons en lien des chiffonniers avec des particuliers et des entreprises qui trient leurs déchets au préalable. Le chiffonnier se rend à leur domicile, récupère les déchets et les vend à des professionnels du tri. Cela lui permet de percevoir des revenus décents dans des conditions dignes. A ce jour, deux chiffonniers sont intégrés dans cette démarche, nous travaillons pour créer un troisième poste.

Aussi, nous avons lancé une action majeure à destination des enfants des quartiers populaires. Nous sommes allés dans les écoles publiques pour égayer leur environnement et surtout leur donner accès à l’éducation écologique. Nous avons dupliqué le programme ZERO ENERGY de l’Association ECOMEN 3000 qui est au Sénégal. Le concept est novateur. Il consiste à créer des bancs entièrement faits avec des pneus usés et des déchets dans les écoles. Nous avons pu nous rendre dans plusieurs écoles et présenter aux enfants un discours théorique de 30 minutes pour leur donner les bases de notre action, puis ensemble nous avons construit un banc. Une fois terminé, les enfants ont pu laisser libre court à leur fibre artistique en le décorant et le peignant.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les associations qui oeuvrent pour la protection de l’environnement au Maroc ?

Les difficultés rencontrées par les associations sont principalement financières. Pour monter des actions, il faut de l’argent. Pour mettre des poubelles en place sur les plages avec des messages éducatifs, il faut des sous aussi ! Pour construire un pavillon écologique, c'est pareil. D’autre part, il faut des autorisations. C’est notre deuxième difficulté majeure. Pour aménager des espaces verts, il nous faut le soutien de l’État. Surtout qu’il y a de nombreux terrains non exploités qui appartiennent à l’Etat. Nous aimerions bien les aménager à moindre coût avec des matériaux recyclés et en faire des lieux de vie et de sensibilisation.

Vous considérez qu’il y a une corrélation très forte entre les enjeux environnementaux et sociaux. Ainsi, vous revendiquez l'idée que les solutions doivent répondre aux deux problématiques. Comment connectez-vous le bénéfice environnemental au social au sein de l'association Bahri ?

Peu importe la classe sociale, tous les marocains ont besoin d’être sensibilisés à la protection de l’environnement. Viser les enfants en priorité n’est pas anodin, ils sont les adultes de demain! Les jeunes dans les quartiers les plus défavorisés n’ont parfois même pas accès à l’éducation en générale. Ne parlons pas de l'accès à l'éducation civique!

Nous avons donc voulu rencontrer des enfants issus des bidonvilles se trouvant à proximité de la plage Ain Diab où nous avons l’habitude d’opérer. En les rencontrant, les invitant à nos opérations et en leur permettant d’avoir accès à des ateliers de sensibilisation, on leur donne, à eux aussi, accès à cette éducation écologique. La plage est le terrain de jeu de ces enfants. On espère que grâce à nos actions, ils seront respectueux de l’environnement dans lequel ils vivent et qu’ils transmetteront ces valeurs à leur entourage.

Idem concernant l’action du chiffonnier, c’est en aidant socialement une personne que l’on réussit à diffuser notre message. Les personnes qui font appel à nos chiffonniers le font autant pour protéger l’environnement que pour soutenir une initiative sociale. Nous faisons d'une pierre deux coups pour le bien de la planète!

Quels sont les prochains défis qu'ils vous restent à relever ?

Il reste encore beaucoup de défis à relever ! Notre projet de pavillon écologique sur la mer est le projet que nous aimerions bien voir se réaliser. Il serait une plateforme de sensibilisation, de sport, du Récup’art et bien d’autres choses. Ce projet de pavillon, on y tient. C’est notre prochain défi.

Nous aimerions aussi aménager des espaces verts en ville avec des matériaux recyclés. Intégrer de nouveaux chiffonniers serait vraiment bénéfique afin de structurer leur activité et lui donner de la valeur. Nous n'en avons intégré que deux pour l'instant, ce n’est pas suffisant…

Enfin, il faudrait que nous travaillons davantage sur l’éducation civique des enfants, qu’ils soient scolarisés dans des écoles privées ou publiques. Les enfants ont besoin d’être éduqués et sensibilisés. Ils sont les citoyens de demain.

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