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PAROLES D'EXPERT.E.S #7
Meryem KABBAJ

Doctorante en entrepreneuriat social

Doctorante en entrepreneuriat social, Meryem Kabbaj a récemment publié un article sur l’écosystème d’accompagnement à l’entrepreneuriat social au Maroc co-rédigé avec Jamal Elamrani (doctorant à Hassan I), Morad Lemtatoui (Professeur d’Enseignement Supérieur à L’Université Hassan I) et Khalid El Ouazzani Ech Hadi (Professeur d’Enseignement Supérieur à L’Université Hassan II).

Bonjour Meryem, vous êtes doctorante en entrepreneuriat social. Pourquoi avoir choisi d’étudier ce domaine ? Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

Le choix de ce sujet vient d’une passion que je porte aussi bien pour l’entrepreneuriat que pour le social. J’ai toujours été convaincue que l’entrepreneuriat était un gage du développement socio-économique du Maroc, ainsi, j’ai rejoint depuis 2009 le Club des Étudiants Entrepreneurs de Demain pour promouvoir l’entrepreneuriat auprès des jeunes. En parallèle avec l’entrepreneuriat, j’ai toujours été intéressée par le travail humanitaire, chose qui m’a motivée à fonder en 2010 l’Association Basmat Amal pour venir en aide aux populations en situation précaire.

C’est lors d’un échange aux États-Unis en 2012, que j’ai découvert l’Entrepreneuriat social, un concept qui m’a permis de combiner deux domaines qui me passionnent et qui est aujourd’hui mon sujet de thèse.

Quant à mon parcours, je suis diplômée de l’Ecole Nationale de Commerce et de Gestion en option ‘’Audit et Contrôle de gestion’’. En parallèle, j’ai préparé un Master en ‘’Gestion financière et Espace Européen’’ à l’Université de Lorraine, et j’ai travaillé une année dans le domaine de la finance avant de de me convertir vers la recherche scientifique via une thèse doctorale en entrepreneuriat social.

Pouvez-vous nous dire à quand remonte le développement d’entreprises sociales au Maroc ?

Le concept d’entreprise sociale est relativement récent au Maroc. Les efforts pour le développement de ce type d’entrepreneuriat se sont multipliés surtout au cours de la dernière décennie au Maroc. Nous avons assisté au lancement de plusieurs programmes institutionnels et gouvernementaux pour encourager les structures d'économie sociale et solidaire. Mais également, des fonds dédiés au soutien des entrepreneur.e.s sociaux ont été créés et des compétitions pour choisir et récompenser les meilleurs projets d’entreprises sociales ont été lancées.

"Aujourd’hui, le rôle des incubateurs sociaux peut [...] toucher à des opérations de levées de fonds nécessaires au changement d’échelle des entrepreneurs sociaux."

Vous avez co-écrit un article autour de l’écosystème d’accompagnement à l’entrepreneuriat social au Maroc. Quelles sont les principales structures qui constituent cet écosystème ?

Les principales structures qui constituent l’écosystème d’accompagnement à l’entrepreneuriat social sont principalement:

  • Les incubateurs sociaux tel qu'Espace Bidaya ou Dare Inc., lancé par le Centre Marocain de l’Innovation et de l’Entrepreneuriat Social (MCISE).
  • Les bénéficiaires de ces incubateurs sont constitués pour la phase de pré-incubation (avant la création juridique) par des porteurs de projets à fort potentiel de développement et à fort impact sociétal. Pour la phase d’incubation, ils sont constitués par des entreprises créées juridiquement et qui ont pour mission de répondre à des besoins sociaux, environnementaux et culturels tout en restant viable économiquement.
  • Les "fournisseurs" des incubateurs sociaux sont constitués essentiellement par les universités et les ONGs actifs dans la sensibilisation autour du concept de l’entrepreneuriat social à l’instar d’ENACTUS Morocco et le British Council Morocco. Les incubateurs sociaux bénéficient aussi de l’émergence des espaces de coworking (New WorkLab, Social Lab,…) qui constituent aujourd’hui des lieux de rencontres pour inspirer, innover et développer des idées de projets.

"La double mission d’une entreprise sociale (sociétale et économique) nécessite une expertise de la part de l’accompagnateur pour mieux répondre au besoin social identifié, assurer la viabilité économique et servir les attentes des parties prenantes​"

En quoi les incubateurs sont-ils importants voire nécessaires au développement des entreprises sociales au Maroc. Comment accompagnent-ils les entrepreneurs ?

Les incubateurs présentent aujourd'hui un levier incontournable pour les entreprises sociales en mettant à leur disposition aussi bien des formations, des conseils et des financements nécessaires à leur développement.

"En l’espace de deux ans, trois autres structures d’accompagnement des entrepreneurs sociaux et des projets à fort impact social et/ou environnemental ont vu le jour"​

La double mission d’une entreprise sociale (sociétale et économique) nécessite une expertise de la part de l’accompagnateur pour mieux répondre au besoin social identifié, assurer la viabilité économique et servir les attentes des parties prenantes.

Aujourd’hui, le rôle des incubateurs sociaux peut dépasser l’accès aux opportunités de développement et aux réseaux pour toucher à des opérations de levées de fonds nécessaires au changement d’échelle des entrepreneurs sociaux.

Comment l’accompagnement des entrepreneurs sociaux a-t-il évolué au Maroc depuis les années 2000 ? Quels sont les facteurs qui expliquent cette évolution ?

L’écosystème de l’accompagnement des entreprises sociales est très naissant. Il fallait attendre 2015 pour assister à la création du premier incubateur dédié exclusivement aux entreprises sociales. Cependant, en l’espace de deux ans, trois autres structures d’accompagnement des entrepreneurs sociaux et des projets à fort impact social et/ou environnemental ont vu le jour.

Ce développement vient en réponse à l’accroissement du nombre des entreprises sociales au Maroc et à la prise de conscience de l’importance d’un accompagnement spécifique dédié aux entrepreneurs sociaux.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les incubateurs ?

L’analyse des prestations des incubateurs sociaux marocains permet de relever que leur offre n’est pas encore tout à fait définie. Elle est toujours en cours de conception et de test puisque toutes les structures d’accompagnement sont nouvelles.

Lors de notre étude, les incubateurs sociaux ont affirmé avoir rencontré plusieurs contraintes liées au faible engagement des entrepreneurs accompagnés qui disparaissent et ne poursuivent pas le processus d'accompagnement jusqu'au bout. Ceci malgré que les incubateurs essayent d’offrir l'environnement adéquat pour que les incubés soient engagés et conscients de la vie d'un entrepreneur.
 

Nous avons également relevé d’autres difficultés liées à :

1- l’absence de coordination entre les incubateurs sociaux qui sont plus en compétition que dans la collaboration ;

2- aux ressources limitées (humaines, techniques, matérielles,…) des structures d’accompagnement ;

3- inefficacité du mentoring en raison de l’indisponibilité des mentors capables d’apporter une grande valeur ajoutée aux projets accompagnés ;

4- l’absence de fonds d’amorçage suffisants et de pistes effectives pour accès au financement.

"La coordination et la collaboration entre incubateurs [...] peut aboutir à la création de synergies pour développer le mouvement de l’incubation"

Quelles sont les pistes d’amélioration et d’évolution de l’accompagnement des entrepreneurs sociaux au Maroc pour maximiser leur réussite et leur impact ? (financement, mentoring, synergies entre les institutions)

Pour maximiser l’impact des incubateurs sociaux, ces derniers sont invités à concevoir des modèles et des processus d’incubation adaptés à la réalité des entrepreneurs sociaux Marocains. En plus de l’offre de l’espace et les formations régulières, les incubateurs ont à se focaliser davantage sur le développement des compétences d’accompagnement de leurs équipes, la création d’un réseau de mentors et d’experts (compétents et représentant différents domaines) capable de répondre aux besoins spécifiques des incubés, l’augmentation de leur fonds d’amorçage et la mise en relation avec des fonds d’investissements (capital risque philanthropique, impact investing, ISR,…).
 

Un autre aspect pour l’éclosion de l’écosystème d’accompagnement des entreprises sociales au Maroc est lié à la coordination et la collaboration entre incubateurs. Cela peut aboutir à la création de synergies pour développer le mouvement de l’incubation.
Il est aussi recommandé de travailler en complémentarité avec des organismes publics, des espaces de coworking et d’innovation et de construire des ponts avec des universités et des écoles, pour créer une chaîne maximisant la réussite des entrepreneurs et facilitant leur passage de l’idée jusqu’au changement d’échelle.

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