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PAROLES D'EXPERT.E.S #8

Naoual Bakry

Entrepreneure spécialiste en développement social

Ancienne Déléguée Générale de l’AFEM, puis Directrice des opérations et des partenariats à EFE Maroc, et actuellement entrepreneure spécialiste en développement social avec un focus sur l’employabilité et l’entrepreneuriat social des jeunes et l’autonomisation économique des femmes, la détermination et l’ambition de Naoual Bakry sont fructueuses : après une première certification comme formatrice GERME délivrée par l’Organisation Internationale du travail, elle reçoit récemment une seconde certification en qualité Master Trainer en Entrepreneuriat Social.

Naoual, la pluralité de votre expérience professionnelle met en valeur votre détermination et votre engagement pour le développement de l’autonomisation économique des jeunes et des femmes. Pouvez-vous nous exposer le fil conducteur de votre parcours ?

De background Marketing et Communication, j'ai débuté ma carrière dans le secteur privé dans le domaine commercial et marketing. Puis, ma nature aventurière et amoureuse des expériences nouvelles m'a amenée sur une autre voie : le secteur associatif professionnel. J'ai ainsi postulé et ai été accueillie à l'AFEM (Association des Femmes Cheffes d'Entreprise au Maroc) dans une ambiance familiale et constructive, et j'y ai découvert une équipe de femmes entrepreneures pleines de motivation et ayant des plans d'actions ambitieux. La jonction de tous ces beaux ingrédients m'a séduite !

J'y ai ensuite travaillé 7 ans et demi et j'ai eu l'opportunité de participer activement au développement de nombreux projets pour la promotion de l'entrepreneuriat féminin, la structuration de l’AFEM et le développement de partenariats nationaux et internationaux en sus de l’expérience inédite de la gestion du premier Incubateur féminin dans la région MENA : Casa Pionnières.

"l'entrepreneuriat est une question de "Mindset""

Puis en 2011, après avoir assisté au lancement d'un grand programme d'employabilité des jeunes au Maroc porté par Education For Employment, la fondation annonce son besoin d'une directrice des opérations pour mener à bien le projet "Al Morad". Défi relevé ! J'embarque alors dans une nouvelle aventure avec les jeunes marocains en recherche d'emploi. Ces 4 années aux côtés d'une équipe passionnée, ont fait l'objet d'expérimentations de nombreuses formules dans le but de rapprocher au maximum les jeunes du marché de l'emploi. De belles réalisations fructueuses grâce auxquelles la fondation a tiré profit d'un rayonnement national et international.

Vous êtes experte dans la transition entre l’éducation et l’emploi des jeunes, puis vous aidez au développement des TPE. Quel est votre constat quant à l’accompagnement de ces jeunes entrepreneur.e.s ?

J'ai eu la chance d'intervenir à la fois dans le secteur de l'employabilité et de l'entrepreneuriat, deux secteurs totalement complémentaires de par leurs actions soutenant l'autonomisation des jeunes.

"le champ du social est très large [...] et accueille à bras ouverts toutes ces initiatives d’entreprises sociales"

L’auto-emploi est une des solutions sur laquelle le Maroc a misé pour absorber le chômage et créer de la valeur économique et sociale : une solution intelligente mais nécessitant un grand effort d'accompagnement des jeunes entrepreneur.e.s ainsi que l’implication de plusieurs parties prenantes.

Aujourd'hui, en collaboration avec la société civile, j'apporte ma contribution pour l’initiation au développement de l’esprit entrepreneurial chez les jeunes : des cursus ont pu se développer ces dernières années et se déploient en amont depuis le collège et le lycée pour s'accentuer dans les études supérieures publiques et privées.

J'estime que cette initiation est primordiale dans le cursus de formation des jeunes ! Son dessein n'est pas d'inciter tous les jeunes marocains à créer des entreprises mais de leur apprendre à raisonner en entrepreneur.e. L'entrepreneuriat est une question de "Mindset", parce que l'entrepreneur.e est un.e aventurier.ère qui a le goût du risque et aime relever les challenges, parce qu'un.e entrepreneur.e est un.e débrouillard.e, qui cherche des solutions et ne s'apitoie pas sur son sort lorsqu'il.elle rencontre des obstacles, parce qu'un.e entrepreneur.e prend l'initiative et n'attend pas que les autres fassent pour lui.elle. Ce sont là les valeurs que l'on veut inculquer à nos jeunes. Développer ces compétences personnelles et sociales incite les jeunes à devenir des acteur.rice.s autonomes et non des récepteurs.

"je constate clairement que les jeunes qui ne trouvent pas de difficultés à décrocher un job sont ceux qui ont fait des stages"

Par ailleurs, j'ai l'opportunité d'animer des formations pour l’employabilité des jeunes dans le secteur public et privé. L'objet de ces ateliers est d'ouvrir les yeux de ces jeunes, de les faire prendre conscience de leur potentiel, et de leur exposer les différents chemins qu'ils peuvent emprunter pour avancer dans leur projet professionnel. Et cela passe par l'identification et le développement des talents, l'identification des facteurs de motivation, la définition des objectifs et les réflexions autour des moyens pour les atteindre.

Nous échangeons sur les soft skills - capacité d'intégration, flexibilité, prise d'initiative, capacités d'analyse, esprit critique - et leur importance du point de vue de l'employeur. En fait, ces valeurs ajoutées peuvent rapidement permettre de réaliser ses ambitions professionnelles et propulser un nouveau candidat vers des postes de décisions.

D’ailleurs, je constate clairement que les jeunes qui ne trouvent pas de difficultés à décrocher un job sont ceux qui ont fait des stages, qui ont dédié une partie de leur temps pour des actions de volontariat au bénéfices d’associations, d'institutions ou encore ceux qui ont pris parts à des programmes liés à l’entrepreneuriat. Ces expériences leur permettent d'élargir leur réseau professionnel, de suivre des formations, d'acquérir de nouveaux outils, mais également de développer leur potentiel et faire preuve d'ouverture d'esprit.

Que ce soient l'initiation à l'entrepreneuriat ou les actions de renforcement des techniques de recherche d'emploi, ces deux types d'initiatives visent essentiellement à développer chez les jeunes des compétences et des capacités soft skills qui peuvent rapidement leur permettre de réaliser leurs ambitions professionnelles, personnelles et les propulser dans leur environnement social et économique.

Formation Gestion de Projets par Naoual Bakry à Espace Bidaya - 30 Mai 2017

Formation Gestion de Projets par Naoual Bakry à Espace Bidaya - 30 Mai 2017

Aussi, vous avez reçu ce mois-ci votre deuxième certification de formatrice en entrepreneuriat social. Quelles sont vos convictions quant à ce domaine et comment évolue-t-il au Maroc ?

Au Maroc, le champ du social est très large et englobe plusieurs grands secteurs que les parties prenantes s'attellent à développer, à savoir la santé, l’éducation, l'infrastructure, l’environnement, l’autonomisation économique des populations vulnérables, etc. Tous ces chantiers accueillent à bras ouverts toutes ces initiatives d’entreprises sociales !

Le concept de l'entrepreneuriat social est un phénomène neuf au Maroc. Avant, le secteur du social était investit principalement par les associations et ensuite par les coopératives. Mais aujourd'hui, il s'est véritablement distingué par cette vague de jeunes entrepreneur.e.s développant des solutions innovantes dans le but de répondre à des défis sociaux et environnementaux.

Nous pouvons être fier.ère.s d’assister à la montée en puissance d’une nouvelle génération d’entrepreneur.e.s, leaders, changemakers, porteur.se.s d’innovations sociales qui développent des projets à forte valeur ajoutée pour la communauté.

"les idées innovantes [...] ne se concrétisent parfois jamais à cause du manque de services d’accompagnement et d'accès à l’information... Une décentralisation [des structures] serait fortement recommandée"

Ces entrepreneur.e.s n'ont pas choisi le chemin de la facilité, ils sont ambitieux.ses et ont décidé d’agir, de construire. Ils ont transformé les contraintes en opportunités de business. Aujourd’hui, ils contribuent à l’autonomisation économique de personnes en difficultés, à la génération de revenus, à la création d’emplois. Je souligne ici l’effort considérable déployé par les associations et les incubateurs sociaux.

Sur le plan des résultats nous assistons à plusieurs réalisations très probantes à court terme et sur plusieurs plans (social, agricole, culturel, technologique) mais comme l’entreprise sociale est un nouveau-né sur la scène socio-économique, il faut donner le temps à ces petites entreprises de grandir et mûrir afin d'en mesurer l'impact social et/ou économique à moyen et long terme.

Quels sont les défis des entrepreneur.e.s sociaux.les aujourd’hui et quels acteurs doivent se mobiliser afin de développer l’entrepreneuriat social à grande échelle ?

Les entrepreneur.e.s sociaux.les sont majoritairement jeunes, ils sont techniquement bons et maîtrisent leurs produits et/ou services, mais leur point faible est le manque d’expériences professionnelles.

Comme toute TPE naissante, ils ont besoin de fonds de démarrage, de soutien au niveau du développent de l’idée et de sa conversion vers un projet d’entreprise, de connexions avec les partenaires publics et privés, d’encadrement de leur projet, de coachings personnels, de l’aide à la commercialisation…. et d’un écosystème qui croit en eux et en leur potentiel !

"l'idée de l'incubateur est de donner toutes les ressources nécessaires aux entrepreneur.e.s afin qu'ils déploient ses ailes"

Les entrepreneur.e.s sociaux proposent des idées nouvelles en explorant de nouveaux sentiers : ils offrent également un grand champ d’expérimentations de solutions, souvent avec des résultats très positifs.

Je lance un appel aux grandes entreprise car il y a là une opportunité à saisir et des passerelles à mettre en place, car elles peuvent avoir recours à ces jeunes entrepreneur.e.s sociaux.les pour :

  • Outsourcer des recherches et faire des expérimentations : une solution moins coûteuse pour l'entreprise
  • Les soutenir pour grandir et développer un concept dont ils partageront les bénéfices par la suite

Au Maroc, le nombre d’incubateurs augmente depuis presque 10 ans. Quel est leur rôle et comment peuvent-ils maximiser l’accompagnement des entrepreneur.e.s ?

Ces 10 dernières années, l'investissement dans l'entrepreneuriat croît avec la présence de structures d'accompagnement sous forme d'associations, d'incubateurs, d'accélérateurs, etc. qui ont pour rôle d'offrir un catalogue de services assez large dans le but de soutenir la création d'entreprise depuis sa pré-création jusqu’à son stade de développement et croissance. Aujourd'hui, ces structures forment un éco-système favorable à la dynamique entrepreneuriale au Maroc, ils collaborent de plus en plus en synergie pour accompagner au mieux les entrepreneur.e.s.

Ainsi, les entrepreneur.e.s ont la possibilité de passer en revue les différents services proposés par ces structures avant d'identifier celle qui comblera au mieux leurs besoins. Aussi, cumuler plusieurs services d'accompagnements afin de bénéficier d'un maximum d'outils, peut être une stratégie relative aux besoins grandissants des entreprises en développement.

Mais tout accompagnement a un temps : l'idée de l'incubateur est de donner toutes les ressources nécessaires aux entrepreneur.e.s afin qu'ils/elles déploient leurs ailes. Il est donc important que les structures développent des plans d'actions clairs en fin d'incubation afin de préparer l'entrepreneur.e à son autonomisation.

"Il faut donner le temps à ces petites entreprises de grandir et mûrir afin d'en mesurer l'impact social et/ou économique"

Enfin, il est vrai qu'aujourd'hui ces établissements sont concentrés dans les axes urbains proches des grandes unités économiques. Une décentralisation serait fortement recommandée dans d'autres régions du royaume où les idées innovantes ne manquent pas, mais ne se concrétisent parfois jamais à cause du manque de services d’accompagnement et d'accès à l’information.

Un dernier message à l'égard des entrepreneur.e.s sociaux ?

Personnellement, je suis de l'avis que l’entrepreneuriat social est une aubaine pour les jeunes, car il a un format très flexible et peut être développé de nombreuses manières. En effet, c’est une solution pour aider les jeunes :

  • Qui souhaitent développer un business et s’y consacrer
  • Qui souhaitent avoir de l’argent de poche
  • Qui ne trouvent pas d’opportunités d’emploi sur le marché : monter leur TPE leur permet d’être rapidement autonomes sur le plan économique et social

Ce créneau de l'entrepreneuriat social développe l'engagement citoyen des jeunes qui développent une certaine sensibilité et responsabilité envers ces problématiques sociales et environnementales.

Faire naître, faire mûrir ces nobles valeurs dans l'esprit de chaque jeune marocain contribuerait considérablement au développement socio-économique de notre pays. Avec cette jeunesse, le Maroc ira loin !

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