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PAROLES D'EXPERT.E.S #9

Amine Mansouri Idrissi

Mentor à Espace Bidaya et spécialiste business plan

Le parcours atypique de Amine Mansouri l'a conduit à remettre en question les méthodologies de travail théoriques de construction d'un business plan pour mettre à disposition des outils pratiques adaptés aux startups à impact social et environnemental. Mentor, expert, entrepreneur, Amine Mansouri est aussi un voisin, qui n'hésite pas à rendre visite à l'équipe de Espace Bidaya et donner de son temps aux startups qu'il accompagne.

Amine, vous êtes un mentor actif de Espace Bidaya, vous cumulez plusieurs casquettes. En plus d’accompagner les startupeurs au sein de l’incubateur, vous êtes vous même un entrepreneur. Spécialiste en consulting stratégique, vous avez fondé Afrique Stratégie en septembre 2016. Pouvez-vous nous en dire plus sur le parcours qui vous a mené jusqu'ici ?

Tout a commencé lorsque j’étais dans une business school de renom. En parallèle de mes études, j’assumais le poste de webmaster dans une agence web très dynamique à Casablanca. Malgré un intérêt certain pour les études, j’ai arrêté ma formation en cours de parcours afin de me consacrer pleinement à mon activité professionnelle. Cette première expérience m’a conduit à occuper le poste de directeur technique et commercial dans cette même structure en l’espace de quelques années.

La suite de mon parcours est échelonnée entre entrepreneuriat et salariat. J’ai cofondé une SSlI, que j’ai revendue avec une plus-value. J’ai également travaillé avec différentes multinationales américaines, espagnoles, françaises, allemandes, et cela, sans jamais rester dans le même secteur. Ces grands écarts m’ont permis d’une part un magnifique brassage interculturel et surtout de pouvoir faire des analogies entre les différentes industries.

L’expérience la plus formatrice que j’ai vécue était dans un grand groupe marocain, il s’agissait d’une véritable success story. Le PDG étant un autodidacte illettré, il m’a montré que le business n’est pas ce qu’on apprend à l’école, c’est autre chose. Le business ça s’apprend sur le terrain. Deux années passées à ses côtés étaient bien plus formatrices que toutes mes années d’expérience. Cette remise en question de mes connaissances managériales m’a amené à m’intéresser aux business models et à ce qui fait qu’une startup peut franchir le gouffre qui guette tout entrepreneur dans les deux premières années suivant la création.

J’ai découvert Espace Bidaya grâce à une amie, Siham Zahidi, la fondatrice de GreenLife, une startup incubée à Bidaya. Elle m’a appris qu’il y avait cet incubateur juste en dessous de chez moi. Je me suis intéressé à la manière dont je pouvais l’aider personnellement. Devenir mentor à Espace Bidaya semblait un bon levier.

"En bon voisin, il m’arrivait souvent de descendre "after work" pour apporter mon soutien. Je suis tombé amoureux de l’incubateur ainsi que l’esprit qui y règne."

Sur la base de votre expérience comme entrepreneur et acteur de l’écosystème économique Sociale et Solidaire, quel est le niveau de conscience et d’engagement du public marocain concernant l'entrepreneuriat social ?

Aucun. Je pèse mes mots. J’ai souvent l’impression que les communications ne concernent pas l’environnement dans lequel la plus grande partie des consommateurs marocains évoluent.

"Le Maroc est un "marché prix" où tout est soumis au jeu de la négociation, l’aspect social désintéresse."

La principale raison pour laquelle j’ai décidé d’accompagner spécifiquement les startups incubées à Espace Bidaya est leur impact social et environnemental. Ces startups ont bien plus de défis à relever, ne serait-ce que pour bien identifier la niche sensible aux problématiques traitées par les bidayeurs.

À force de retrouver souvent les mêmes constats, je me suis justement lancé dans le cadre de la plateforme lesstratèges.com. Le défis consiste à mettre en ligne tout un cycle de formations entrepreneuriales, dont les fondements sont basés sur les contraintes rencontrées par les startups ayant un impact social ou environnemental. Cependant, tous les entrepreneurs y trouveront leur compte, novices comme aguerris. L’approche se résume aux piliers suivants :

· La validation d’idées, fondement de toutes les initiatives entrepreneuriales,

· La modélisation d’affaires,

· Un petit entracte pour aider les entrepreneurs à construire des hypothèses de chiffre d’affaire réalistes à partir du business model,

· La compilation de l’ensemble dans un business plan,

· La structuration du pitch adapté à l’audience.

Ce cycle sera accessible gratuitement en ligne, le support sera toujours assuré par le jeu des questions-réponses ainsi que le coaching pour réussir la phase d'idéation.

Afrique Stratégie est une société de consulting disposant de plusieurs champs d’expertises en stratégie, finance, marketing, et développement de partenariats. Pouvez-vous nous détailler votre offre ?

Notre premier point de contact avec nos clients est le financement. Il s’agit d’une offre où se combinent plusieurs solutions pour financer les ambitions des entreprises à des taux plus faibles que ceux du marché conventionnel. Une fois la confiance établie après ce premier contact, nous abordons une deuxième phase qui est l’efficience opérationnelle autour du triptyque TOC, LEAN, Six SIGMA… Une fois l’excellence opérationnelle atteinte, nous nous attaquons à l’internationalisation, l’identification des marchés les plus porteurs pour nos clients.

Vous dites que vous aidez « les personnes à trouver de bonnes idées et les bonnes idées à trouver les bonnes personnes ! ». Cette phrase image la mission que vous menez auprès des jeunes entrepreneurs au sein de Espace Bidaya. Pouvez-vous nous détailler les actions que vous menez en tant que mentor ?

"J'aide les entrepreneurs à pivoter."

Beaucoup de ceux que je côtoie sont amoureux de leur idée initiale au point d'en occulter celles qui sont tenables et rentables dans le contexte marocain. Le déploiement est souvent complexe du fait de la dimension sociétale ou environnementale exigée dans le cadre de l’incubation. Avec beaucoup de recul, je les aide à regarder là où ils n’ont pas l’habitude de s’attarder. En plus de ce partage de compétences, nous investissons en capital risque. À ce jour, nous avons contribué au financement de deux startups incubées à Espace Bidaya, pour le développement de plateformes dédiées.

Quelles sont selon vous les difficultés rencontrées par les entrepreneurs marocains qui œuvrent pour un impact social ou environnemental ?

Les difficultés rencontrées par les entrepreneurs tous azimuts viennent du fait qu’ils pensent avoir un besoin pressant de financement pour concrétiser leurs idées. Ils imaginent que décrocher des financements est le point d’entrée, alors que la véritable faiblesse de tous les entrepreneurs au Maroc est leur difficulté à définir le problème pour lequel ils ont la solution.

"Les plus gros bailleurs de toute entreprise, y compris les startups, sont les clients et non les fonds ou les banques."

Le second obstacle est que bien souvent même les entreprises confirmées ne testent pas suffisamment leurs idées avant de commencer la production et la commercialisations. La phase d’idéation est décisive, malheureusement elle n’est pas encore ancrée dans la culture entrepreneuriale marocaine.

Quels premiers conseils donneriez-vous à un.e jeune marocain.e qui voudrait monter sa startup dans l'entrepreneuriat social ?

La première chose à faire est d’apprendre à définir un problème à partir d'expériences vécues par soi-même, son entourage ou son réseau. La seconde étape est d’observer l’impact de ce problème sur ce public, et la troisième est de trouver la solution qui y réponde. Pour cela, il existe plusieurs centaines d’approches pour réfléchir de façon déductive, inductive, convergente, divergente, latérale etc…. Les startups ou entreprises qui réussissent sont celles qui arrivent à combiner une solution au meilleur coût pour les clients.

"Il n’existe aucun problème au monde qui ne dispose pas d’une multitude de solutions."

Quels sont les prochains défis qu'il vous reste à relever dans votre vie professionnelle ?

Mon prochain défi est de finaliser la plateforme lesstrateges.com, c’est un projet qui demandera probablement deux autres années de production. Le lancement effectif de la première phase est prévu en janvier 2018. J’espère arriver à mettre en ligne plus de 1300 outils, techniques et canevas sous forme de capsules vidéos en plusieurs langues destinées aux entrepreneurs africains. Il s’agit plus que d’une simple boîte à outils. L’idée qui anime ce projet est de pouvoir rendre n’importe quel entrepreneur un véritable stratège. Cette vulgarisation des "softs strategies" permettra aux cadres et dirigeants de rendre les entreprises africaines plus profitables, plus efficientes. Elles maîtriseront mieux leurs coûts de passation de commandes, de possession de produits/services et enfin elles pourront minimiser leurs risques.

Une grande partie du contenu est inspirée d’outils, canevas et techniques anglo-saxons post-crise 2008. Bon nombre d'outils a été adapté à la culture entrepreneuriale marocaine et plus largement maghrébine pour éviter les rejets et que « la greffe » puisse prendre plus facilement.

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