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PORTRAIT DU MOIS #10 

ELLE VOYAGE SEULE

IBTISSAM SAKHI

Ibtissam Sakhi est la fondatrice de la startup Elle Voyage Seule qui fait partie de la

quatrième promotion de l’incubateur Espace Bidaya. Après l’avoir côtoyée régulièrement au sein d’Espace Bidaya, il nous a paru indispensable de lui demander où elle puise cette incroyable énergie la poussant à défendre l’émancipation des femmes dans les pays arabes notamment via l’appropriation de l’espace public et le voyage.

Qui se cache derrière « Elle Voyage Seule » ? Quel est votre parcours ?

Pour résumer, je suis autodidacte. Après une licence en physique chimie, ratée, je me suis inscrite dans une formation en réseau et télécommunication, j’ai enchaîné les stages et les boulots dans un univers d’hommes où en tant que femme, il est difficile de trouver une place et de la garder.

Je me suis orientée après la première année de travail vers le "front", c'est-à-dire dans la création de contenu et d’interfaces informatiques et web. C’était nouveau pour moi. J’ai appris dans des conditions réelles ce qui m’a permis d’évoluer assez vite. Aujourd’hui, j’exerce le métier de Consultante UX ("user experience"). Ces 15 ans dans le digital m’aident considérablement dans la réalisation de mon projet "Elle Voyage Seule.

Vous êtes en train de créer un site collaboratif destiné aux femmes qui souhaitent voyager seules dans les pays arabes et africains. Concrètement, comment fonctionnera cette plateforme ?

La plateforme regroupe des ressources originales et pratiques qui facilitent le voyage malgré les contraintes sociales via :
 

- Un Webmagazine collaboratif qui documente le style de vie et le voyage individuel au féminin, avec un focus sur l’Afrique et le Moyen-Orient.

- Des programmes éducationnels en partenariat avec des professionnels locaux (guides, moniteurs et coach) sous forme d’ateliers, bootcamps ou master sessions pour initier au voyage responsable, aux sports d’équipe et d’aventure, à l’écriture créative, à la photographie ou encore à la vidéo.

- Une marque éthique impliquée dans une démarche de “prise de conscience” face aux problématiques sociales, notamment par un travail mené avec des coopératives féminines et des artistes locaux.

- Des guidebooks permettant aux femmes de vivre des expériences de voyage en solo en autonomie complète.

- Et une communauté autour du voyage responsable, du volontariat, du bien-être et de l’entreprenariat social au féminin.

Cela fonctionne comme un capteur de rêves, agissant comme un filtre, il capte les songes envoyés par les esprits, conserve les belles images de la nuit et brûle les mauvaises visions aux premières lueurs du jour. Les songes sont les stéréotypes, les belles images sont les expériences uniques possibles et les mauvaises visions sont les barrières personnelles et sociales. La plateforme est ce capteur dans lequel on retrouve les outils et moyens pour dissiper ses mauvaises visions et ses songes afin de s’ouvrir sur une réalité loin des stéréotypes.

Votre interface de diffusion et guide de voyage éco-responsable militent pour l’appropriation de l’espace public par les femmes dans les pays arabes et africains. Comment est né ce projet féministe dans un contexte sensible ?

Pour essayer de lutter contre ce déséquilibre et aller vers une mixité active, seule des actions citoyennes peuvent nous y mener.

Une plateforme collaborative ou un observatoire était nécessaire pour documenter et étudier l’impact du voyage individuel sur le développement de la femme sur un plan personnel et professionnel.  De plus, il s'agit de percevoir les nouvelles façons de consommer, de communiquer, de se déplacer et les nouveaux modes de vie qui apparaissent dans la société.

Une fois les données digitales captées puis décryptées, elles vont nourir une offre claire, précise et efficace pour les clients : études, événements, conférences et des programmes éducationnels live et online.

Quels sont les défis à relever pour votre startup ?

"Progresser vers une société où la femme est libre de se déplacer seule et en autonomie complète…sans mari, sans frère et sans chien de garde !" (sourire complice)

Vous êtes une passionnée de voyages, il nous est impossible de ne pas vous demander de nous parler de vos périples en solitaire! Pouvez-vous partager certains de vos souvenirs ou anecdotes de voyage?

J’étais au Cap Vert dans une guesthouse. Le proprio sachant que c’était mon anniversaire m’a offert une virée sous l’eau. Un acte généreux et spontané qui a transformé ma journée en un moment magique. J’ai plongé et j’ai découvert un monde merveilleux et coloré, il y avait une excellente visibilité jusqu’à 100 mètres en free-diving. Pour la première fois, je respirais sous l’eau. Planer lentement sous l’eau, c’est juste WOAH ! Ce jour là, j’ai planté la graine d’une nouvelle obsession. La peur ne décidait plus pour moi.

J’ai passé mon PADI (certification de plongée) pour mon voyage suivant, et ainsi pouvoir descendre jusqu’à 20 mètres avec une bouteille d’oxygène, une ceinture en plomb et un coach. Ce dernier, je l'avais rencontré la veille de la plongée au Sri Lanka lors d'une escale faite sur un coup de tête. Tout s’est passé rapidement. Et pourtant, aucune crainte, j’avais confiance... J’étais comblée et sereine.

Sortir de ma zone de confort, de mes habitudes pour expérimenter des choses nouvelles, c'est un ravissement intellectuel.

Vous êtes une femme engagée et militante, une véritable aventurière des temps modernes qui ouvre la voie à une nouvelle génération de femmes. D’où vous vient cet état d’esprit ? Qui est votre source d’inspiration ?

-"Les Hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts"​ - Isaac Newton

Ma source d'inspiration est ma grand-mère. Son métier de cuisinière lui offrait la possibilité de voyager de ville en ville au Maroc par les moyens de transports publics. Cela lui rapportait un salaire mais elle disait toujours : « l'argent, ça va ça vient... C’est l’expérience qui compte ». Plus tard, elle nous emmena à la rencontre de ses amis partout dans le pays. Une fois sur place, nous nous rendions utiles en les aidant pour les tâches ménagères, et en apportant un soutien scolaire aux enfants. Il s'agissait d'un véritable moment de partage.

Toutes les fois où notre grand-mère nous rendait visite, nous partions en vadrouille dans les lieux historiques de Rabat. Aujourd'hui, je garde en tête des picnics dans les jardins des Oudayas ou au Chellah où elle nous contait des histoires imaginaires pour nous distraire, nous faire rire et construire nos rêves.

Tout cela a nourri l’idée de créer un festival sous le nom de Safariati (Hikayati (histoires) + Safar (voyage)) où des conteuses livreront des histoires imaginaires dans des lieux historiques ou dans des espaces publics.

Ma grand-mère est partie il y a quelques années et j’avais perdu tous ces plaisirs simples de la vie, que je retrouve à travers mes voyages et que je partage sur Elle Voyage Seule.

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