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PORTRAIT DU MOIS #8 - SEJAAL

Khadija HAMOUCHI

Grâce au programme d'échange #Jump Seat, les entrepreneurs du réseau d'incubateurs Impact Network, ont l'opportunité unique d'explorer de nouveaux marchés à l'étranger.

En mars, Espace Bidaya a accueilli Khadija Hamouchi, une entrepreneuse qui nous vient tout droit de notre incubateur partenaire Tarmac SF à San Francisco.

Derrière SEJAAL semble se cacher une personne qui n’a pas froid aux yeux. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Je suis née et j’ai grandi en Belgique, mes grands-parents et mes parents sont d’origine marocaine. J’ai grandi dans un milieu avec une double culture et j'ai toujours été attirée par la découverte des autres et de leurs différences.

J’ai commencé à travailler à 15 ans, puis je suis devenue tutrice privée à 19 ans. Le domaine de l’éducation m’a choisie. Après avoir obtenu mon BAC, j’ai fait un bachelor en langues et littératures germanique néerlandaise et anglaise, pendant deux ans en Belgique, et la dernière année aux Pays-Bas. Le modèle anglo-saxon me correspondant, j’ai postulé dans 8 universités à Londres où j’ai été acceptée et ai choisi celle que je pouvais payer sans trop m’endetter. J’ai plus tard postulé pour Stanford après avoir découvert leur programme d’innovation sociale, et ai également été acceptée pour la bourse. Ensuite, j’ai remporté l’African Entrepreneurship Award 1ère Edition 2015, puis ai été sélectionnée au WISE de la Fondation du Qatar pour ma vision sur l’éducation dans la région du MENA. Enfin, j’ai postulé pour la DO School Innovation à Berlin, une expérience magnifique dans cette école entrepreneuriale et incubateur d'idée. Et c’est finalement à l’accélérateur d'Impact Network à San Francisco, Tarmac SF, que j’ai exploré mon business plan et crée la maquette de SEJAAL avec un designer basé au Qatar.

"D’ici cinq ans, je souhaiterais que SEJAAL soit un network de plus de 100 millions d’utilisateurs"

Je suis le type de personne qui ne va pas se poser 30 000 questions ou chercher des réponses de tous bords qui empêcheraient de délivrer des résultats concrets. Je crois en le « faire, apprendre, refaire, apprendre » et c’est certainement cela qui ne me donne pas froid aux yeux. Je fonce, mais en réfléchissant. Je me pose les questions au bon moment. J’écoute mon intuition et m’inspire de ce qui existe autour de moi, je me construis également sur les expériences des autres.

Décrivez-nous votre projet. A quelles problématiques sociales ou environnementales votre projet souhaite-t-il répondre ?

SEJAAL est une application mobile qui connecte des jeunes étudiants arabophones à des ressources éducatives en ligne, en arabe, français et anglais. Techniquement, on sélectionne des articles, des podcasts et des chaînes de vidéos de qualité. Nous les agrégeons en forme de sujets et les distribuons aux utilisateurs en fonction de ce que passionne les personnes. Nous facilitons l’accès à l’information de qualité et la connexion entre les talents du monde arabe.

Le voyage que j’effectue dans le monde arabe fait clairement émerger une demande d’accès à l’information et au savoir, dont il faut faciliter le processus. Et ce, quelque soit le savoir : celui que l’on trouve dans un article sur le web, ou celui que l’on acquiert chez les personnes. Énormément de jeunes m’ont fait part d’un besoin proéminent qui est de pouvoir poser une question à quelqu’un et d’en obtenir une réponse, une perspective et des idées nouvelles. Voilà les problématiques sociales auxquelles je réponds.

"Soumettre le prototype auprès des utilisateurs [...] vous permet d’avoir cette maturité et ce stoïcisme émotionnel que beaucoup d’entrepreneurs ont besoin d’avoir"

Comment est né ce projet ? Quelles ont été vos principales motivations lors de la création de votre projet ?

Il y a 2 ans et demi je suis partie vivre en Egypte durant 3 mois en été. A ce moment-là, le pays vivait les conséquences d’un trouble politique qui a duré 3 ans. J’ai fait la rencontre de jeunes extrêmement talentueux, créatifs et intelligents. Malheureusement, ils ne semblaient ni soutenus, ni reconnus, que ce soit dans leur vie de tous les jours ou dans leurs ambitions personnelles et professionnelles.

Je pense que tout talent auquel on ne prête pas attention, meurt. C’est un « auto-suicide » politique et social pour le monde arabe que de rater et de ne pas prêter attention à toute une génération de jeunes qui représente – dans certains pays – plus de la moitié de la population.

Il y a également une motivation très personnelle. Je suis fascinée par le talent ! Par ces personnes qui construisent concrètement leurs rêves et ce, de manière très altruiste. Dans un monde de plus en plus individualisé, c’est quelque chose qui me botte et qui me fait me réveiller tous les matins.

Vous faites actuellement le tour de la région MENA (Middle East and North Africa). Quels ont été les objectifs de ce voyage ?

Cela fait deux mois que je suis sur la route. Je termine en ce moment-même mon tour du MENA par le Maroc. Les objectifs de ce voyage ont été de soumettre le prototype de l’application auprès de ces jeunes de 15 à 25 ans – des inconnus que j’ai abordé dans la rue, les cafés et les universités, à la sortie des écoles. Cela m’a donné un échantillon très aléatoire, en prenant soin d’avoir un nombre égal d’hommes et de femmes. J’appelle cela un « product market fit tour », me permettant de savoir si les personnes comprennent mon produit, s’ils en ont réellement besoin, s’ils sont prêts à le consommer et l’acheter.

"Il faut apprendre à relativiser ce qui est lu et écrit dans la littérature entrepreneuriale. [...] Les expériences des autres ne sont pas généralisables"

L’objectif était aussi de partir et comprendre des cultures locales. J’ai voyagé dans 9 pays : Liban, Jordanie, Palestine, Emirats Arabes Unis, Qatar, Egypte, Tunisie, Algérie et Maroc. Partir à la rencontre de mes futurs utilisateurs pour mieux les comprendre et entendre leurs opinions sur la maquette, de l’icône qu’ils ne comprenaient pas, à la communication du « purpose » que j’avais mal exprimé. Cela rend humble, vous ouvre les yeux et vous permet d’avoir cette maturité et ce stoïcisme émotionnel que beaucoup d’entrepreneurs ont besoin d’avoir. J’ai en fait appris à me détacher de ce produit, ce qui est extrêmement important pour pouvoir rebondir plus facilement et changer à tout moment les fonctionnalités de l’application. Aujourd’hui, je sais que l’intuition que j’ai eue pour ma vision première de SEJAAL a été validée par le marché.

Vous avez reçu plusieurs reconnaissances internationales qui vous aident à concrétiser vos idées. Aujourd’hui, quels sont vos besoins?

J’ai reçu un prix de 25 000 $ de l’African Entrepreneurship Awards qui m’a permis de construire l’idée de SEJAAL. J’ai été prise au sein d’un incubateur à Berlin, d’un accélérateur à San Francisco. J’ai également reçu des fonds privés d’un Business Angel...

Il y a quelque chose dans l’entrepreneuriat dont on parle très peu. Je m’en rends compte en tant qu’entrepreneur qui continuellement apprend. Aujourd’hui, il y a un besoin essentiel, qui est de nous enseigner à relativiser tout ce qui est écrit dans la littérature entrepreneuriale.

Personnellement, je trouve que l’entrepreneuriat est semblable à la vie. Il y a énormément de couleurs. Mais aujourd’hui, lorsque l’on regarde des vidéos de différents fondateurs, experts, mentors, on vous dira A puis Z, ce sera noir puis blanc. C’est très « confusing ». Les expériences des autres ne sont pas généralisables. Beaucoup s’auto-contredisent et il faut savoir mieux les écouter, ne pas prendre toute parole d’un « advisor » comme une vérité biblique mais plutôt chercher à voir les ressemblances entre son propre cas de figure et celui des autres.

J’aimerais donc avoir beaucoup plus confiance en moi pour pouvoir écouter mon intuition, voir par moi-même ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas dans le processus de mon projet.

Comment comptez-vous vous développer dans les cinq prochaines années ?

D’ici cinq ans, je souhaiterais que SEJAAL soit un network de plus de 100 millions d’utilisateurs, dans le monde arabe. Voilà le marché que je veux conquérir.

Je sais que pour avoir ce chiffre, il me faudra constamment écouter mon client. Je veux respecter les valeurs primordiales de la jeunesse, la façon dont elle souhaite gérer sa vie et son temps pour réaliser ses propres objectifs personnels et professionnels. Toutes les stratégies que je vais mettre en place vont devoir suivre ce que le client désire. C’est l’attitude qu’un entrepreneur doit avoir.

Pour en savoir plus sur SEJAAL, cliquez ici.

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